Jalen Ngonda : L’altitude des sentiments oubliés
Il y a des voix qui vous arrêtent net. Qui vous forcent à poser votre téléphone, à fermer les yeux, à écouter. Celle de Jalen Ngonda fait partie de celles-là. À 31 ans, ce chanteur américain installé à Londres est en train de devenir le porte-étendard d’une soul intemporelle, quelque part entre les fantômes de la Motown et la fièvre des scènes européennes. Voici pourquoi vous devriez le connaître avant tout le monde.
Une voix venue d’un autre temps
Écouter Jalen Ngonda pour la première fois, c’est ressentir un vertige temporel. Son falsetto aérien, ses arrangements cuivrés et ses mélodies enveloppantes vous transportent instantanément dans le Detroit des années 60, au coeur des studios Motown. Pourtant, ne vous y trompez pas : Ngonda n’est pas un imitateur nostalgique. C’est un artiste qui vit et respire la soul comme une langue maternelle, et qui la réinvente avec une sincérité désarmante.
Ses influences sont celles des géants. Marvin Gaye d’abord, dont le timbre rauque et sensuel résonnait en boucle dans la maison familiale, près de Washington D.C., la ville natale du légendaire chanteur. Puis The Temptations, dont la mini-série télévisée a été le déclencheur de toute sa vocation musicale. Smokey Robinson, Curtis Mayfield, Jackie Wilson, David Ruffin, Etta James : Ngonda a absorbé chaque note, chaque inflexion, chaque vibrato de ces légendes pour forger un son qui lui est propre.
Signé chez Daptone Records, le mythique label indépendant de Brooklyn qui a abrité Sharon Jones, Charles Bradley, Lee Fields et plus récemment Thee Sacred Souls, Ngonda se retrouve dans la lignée parfaite. Comme le résume AllMusic : il est « un étudiant du R&B traditionnel qui appose sa propre signature grâce à une voix de ténor planante et une écriture personnelle » (AllMusic).
Et quand Elton John en personne déclare dans Rolling Stone UK qu’il « va devenir une immense star » après l’avoir vu au Nice Jazz Festival, on commence à comprendre que le phénomène dépasse le simple cercle des amateurs de soul (Rolling Stone UK, mars 2025).
L’histoire d’un gamin du Maryland devenu prince de la soul londonienne
L’histoire de Jalen Ngonda commence à Wheaton, dans le Maryland, en 1994. Pas dans un studio glamour ni sur une scène prestigieuse, mais dans le salon familial, devant la collection de vinyles de son père. Jazz, hip-hop, classique, soul : tout y passait. Mais c’est à 11 ans que tout bascule. Le jeune Jalen tombe sur « My Girl » des Temptations, puis dévore la mini-série consacrée au groupe. Le choc est immédiat. Il se met à acheter compulsivement des disques Motown et Stax, à lire chaque ligne des notes de pochette, à décortiquer chaque arrangement.
Ses parents, voyant cette passion grandir, économisent pour lui offrir une Fender Squier. En parallèle, il apprend la batterie en jouant de l’orgue à l’église de son quartier. À 16 ans, il maîtrise déjà la batterie, la guitare, le piano et le chant. Un prodige discret, forgé dans la patience et la discipline.
Le tournant arrive à 19 ans. Ngonda découvre l’existence du Liverpool Institute for Performing Arts (LIPA), l’école fondée par Paul McCartney. Il envoie ses morceaux enregistrés sur SoundCloud. La réponse de l’école est immédiate : ils ont écouté sa musique et l’encouragent personnellement à postuler. Sa communauté religieuse organise même une collecte pour l’aider à financer son départ. En 2014, il traverse l’Atlantique et s’installe à Liverpool.
Ce qui suit est un parcours à l’ancienne. Pas de buzz viral calculé, pas de raccourci TikTok. Ngonda enchaîne les concerts dans les pubs et les petites salles, fait la manche dans les rues de Londres, polit son son, affine sa voix. Il sort son premier single, « Holler (When You Call My Name) », en 2016, puis un EP, Talking About Mary, en 2018. Il ouvre pour des légendes vivantes : Martha Reeves, Lauryn Hill au Festival de Jazz de Montréal, Laura Mvula.
En 2020, le destin frappe à nouveau : Neal Sugarman, cofondateur de Daptone Records, entend sa musique. Malgré les retards liés au Covid, Ngonda finit par enregistrer à Brooklyn avec Mike Buckley et Vince Chiarito, anciens accompagnateurs de Charles Bradley. Le résultat : Come Around and Love Me, son premier album, sorti en septembre 2023 chez Daptone. L’album atteint la 4e place du UK Albums Downloads Chart, et la suite ne s’arrête plus (WOMADelaide 2025).
Trois morceaux, trois raisons de craquer
Le tube : « If You Don’t Want My Love »
Impossible de parler de Jalen Ngonda sans évoquer ce titre. Avec plus de 250 millions de streams, « If You Don’t Want My Love » est devenu un phénomène. Deux minutes vingt-six d’une ballade soul épurée où la voix de Ngonda, fragile et puissante à la fois, supplie un amour de rester. C’est le genre de morceau qui vous attrape dès les premières secondes et ne vous lâche plus. Snoop Dogg lui-même a partagé une vidéo de lui en train d’écouter le titre sur ses réseaux sociaux (Colemine Records).
Le coup de coeur de la rédac : « That’s All I Wanted From You »
Si le grand public connaît « If You Don’t Want My Love », les vrais amateurs de soul vous parleront de « That’s All I Wanted From You ». Décrit par Daptone Records comme « un dancer sophistiqué et percutant qui fait déjà des vagues sur la scène soul britannique et au-delà », ce titre est une leçon de groove. Le rythme vous emporte, le falsetto vous achève, et vous vous retrouvez à le passer en boucle sans pouvoir vous arrêter. C’est le genre de titre qui transforme n’importe quelle pièce en piste de danse, et qui prouve que Ngonda sait faire bien plus qu’émouvoir : il sait aussi vous faire bouger (Daptone Records, 45rpm release).
La nouveauté : « Doctrine of Love »
Morceau-titre du deuxième album de Ngonda, sorti le 5 juin 2026, « Doctrine of Love » marque une évolution. Né d’une session d’écoute intensive de James Brown, le titre porte en lui une énergie plus brute, plus funky, plus affirmée. Ngonda lui-même raconte avec humour la genèse du titre : « J’ai pris le mot « doctrine » parce que personne ne l’utilise jamais. Je voulais dire « certificat de l’amour »… peut-être que je pensais à « doctorat », mais on l’a écrit, enregistré, et maintenant c’est tout un truc. » Le résultat est un manifeste groove où cuivres, choeurs gospel et guitare scratchy se mêlent dans une production qui sonne à la fois vintage et résolument actuelle (Brooklyn Bowl / Apple Music, 2026).
Et maintenant ?
Doctrine of Love : l’album de la maturité
Sorti le 5 juin 2026 chez Daptone Records, Doctrine of Love est le deuxième album de Ngonda. Dix titres, trente minutes, et une philosophie résumée par l’artiste lui-même : « La doctrine de l’amour affirme que chaque pensée et chaque action doivent être guidées d’abord par la compassion envers les autres, car l’amour est la plus haute mesure de la valeur humaine. » L’album pousse plus loin les arrangements orchestraux du premier disque, avec des envolées de cuivres et des choeurs d’inspiration gospel. The Fire Note décrit l’album comme la preuve que « la soul est toujours vivante, il faut juste savoir où chercher » (The Fire Note, juin 2026).
En première partie d’Olivia Dean
En avril 2026, Ngonda a rejoint la tournée européenne d’Olivia Dean, « The Art of Loving Live », en tant que première partie. Une tournée de 54 dates à travers des arenas en Europe, en Amérique du Nord et en Océanie, aux côtés d’Alice Phoebe Lou et Kokoroko. Il a notamment joué au O2 Arena de Londres les 30 avril et 1er mai 2026 (Ticketmaster UK).
Concerts et festivals à venir
La machine ne s’arrête pas. Ngonda enchaîne les festivals cet été : Love Supreme (Lewes, 4 juillet 2026), North Sea Jazz (Rotterdam, 10 juillet 2026), Mad Cool (Madrid, 11 juillet 2026), Latitude Festival (Suffolk, 24 juillet 2026), puis le Notodden Blues Festival (Norvège, 1er août 2026).
En automne, il passe à la vitesse supérieure avec sa propre tournée headline, le Doctrine of Love Tour. Le 8 octobre, il sera sur la scène de L’Olympia à Paris. Puis direction le Royaume-Uni : Bristol, Bournemouth, et le mythique O2 Academy Brixton à Londres le 28 octobre. En novembre, la tournée traverse les États-Unis avec Brooke Combe en première partie, de Chicago à San Francisco (Music Festival Wizard / Ticketmaster, 2026).
Les reconnaissances
Le parcours de Ngonda est désormais jalonné de distinctions : Soul Act of the Year aux Jazz FM Awards en 2025, inclusion dans la liste Future of Music de Rolling Stone, passages remarqués chez Graham Norton, Jools Holland et Stephen Colbert, et deux performances au Festival de Glastonbury (2024 et 2025), dont The Guardian a qualifié la dernière de « stupéfiante ».
Sources : AllMusic, Daptone Records (Bandcamp/Colemine), Apple Music, Rolling Stone UK (mars 2025), The Fire Note (juin 2026), Ticketmaster UK, Music Festival Wizard, WOMADelaide, Brooklyn Bowl, The Guardian, PRS for Music / M Magazine